Lettre de David Venegas à la Deuxième Assemblée régionale des peuples de l'Isthme

Lettre de David Venegas à la Deuxième Assemblée régionale des peuples de l'Isthme

Lettre à San Blas Atempa

De ce lieu où je me trouve, prison des corps mais non des idées, j'envoie ce respectueux salut, fraternel et combatif, à votre Assemblée des terres de ce lieu de résistance digne et glorieuse.

San Blas Atempa, Tehuantepec, Oaxaca. D'emblée, je vous prie d'excuser mon ignorance et l'erreur que je commets certainement en essayant de nommer l'assemblée qui a lieu en ce jour à San Blas. Ce que je n'ignore pas, cependant, ce sont les raisons profondes qui motivent cette réunion. J'ai eu la chance de pouvoir participer au groupe de travail "Terre, territoire et environnement", lors de la Première Assemblée des peuples de l'Isthme qui s'est tenue dans la communauté d'Ixtepec, où l'on a pu constater l'amour et la défense du territoire que les peuples de l'Isthme professent à l'égard de la mère de tous ceux qui sont comme nous de la couleur de la terre.

La parole vraie s'y est fait entendre et a fait des descendants ancestraux de cette terre de l'Isthme des frères de ceux qui partagent avec eux, en différents lieux de l'Oaxaca, pays des nuages, la nécessité de préserver la possession commune de la terre et de ses ressources par les peuples et les communautés comme arme essentielle de la souveraineté et de l'avenir de ces peuples. Lors de cette réunion d'Ixtepec, on a aisément pu constater la maturité et le savoir acquis par les peuples menacés d'expropriation et de pillage. La mémoire historique des peuples de l'Oaxaca et de l'ensemble du Mexique, qui s'est vue affectée par les décisions arbitraires du gouvernement bourgeois, a conseillé à ces communautés de prendre position sur cette question : la terre ne se vend pas et ne se loue pas, ce n'est pas une marchandise ; le droit naturel et sacré des peuples à travailler et à vivre comme ils le souhaitent doit être respecté.

Pour vivons des temps funestes mais aussi prometteurs car le capitalisme a poursuivi son expansion pour atteindre un niveau jamais atteint auparavant dans l'histoire et la mondialisation de l'argent et le développement capitaliste ne font qu'augmenter le cancer qui le ronge ; la nécessité d'une croissante constante des capitaux contient sa propre crise de façon intrinsèque, attendu l'impossibilité logique et naturelle d'une telle croissance.

Contrairement à cela, les peuples indigènes et métis qui ont conservé la culture de leurs ancêtres entretiennent un dialogue respectueux avec la terre, dans lequel l'équilibre de l'humain et du reste de la nature est constamment recherché.

Le système capitaliste est en crise. Tandis que les capitaux atteignent leur expansion maximale, les gouvernements qui les soutiennent et toutes les institutions du pouvoir ont échoué à la combattre et, devant une telle évidence, ils accentuent leur caractère répressif et criminel, comme c'est le cas pour Ulises Ruiz et Felipe Calderón.

Devant un panorama aussi funeste, surgissent l'occasion et l'obligation de résister comme nos peuples l'ont fait depuis plus de cinq cents ans, mais également la possibilité d'obtenir par notre lutte une authentique libération des oppresseurs qui nous ont exclus, réprimés et exploités.

Le Mexique profond et le Mexique rebelle, dans une merveilleuse communion, sont à même de réaliser cet exploit. Nous n'avons pas été vaincus, il y a cinq cents ans. Nous sommes toujours là et nous poursuivrons le développement de notre civilisation.

Aujourd'hui, l'Isthme, patrie des Biniza, des Ayuuk, des Ikoot, des Zoques, des métis et métisses, est menacé par le Plan Puebla-Panama. Le capitalisme est obligé de boire jusqu'à la dernière goutte d'eau, de
verser jusqu'à la dernière goutte de sang, de couper jusqu'au dernier arbre et de faire taire jusqu'au dernier singe hurleur et au dernier jaguar. C'est aux enfants de cette terre aujourd'hui réunis et à ceux qui
sont au loin de défendre ces terres.

De ma prison de Santa María Ixcotel, à Oaxaca, ville de la résistance, je vous envoie mes meilleurs vœux pour votre réunion dans la digne et héroïque San Blas Atempa, bastion de la résistance de l'Isthme. L'avenir est à nous. Nous vaincrons.

David Venegas Reyes "El Alebrije",
membre de Voix d'Oaxaca construisant autonomie et liberté (VOCAL),
conseiller de l'Assemblée populaire des peuples de l'Oaxaca (APPO)
et membre de la Commission terre et territoire


Traduit par Ángel Caído.