Lettre de David Venegas 4 juillet 2007

Oaxaca de Juárez, le 4 juillet 2007.

C'est avec une joie immense que j'ai appris la libération du compañero César Mateos Benítez, joie d'autant plus forte qu'il exprime sa volonté de sortir de prison pour renforcer notre combat et lutter aux côtés de tous les peuples de l'Oaxaca. J'ai aussi été émerveillé d'apprendre ma prochaine libération, prévue pour le 15 septembre, ainsi que le transfert de Flavio Sosa et de son frère Horacio dans un centre pénitentiaire de cet État, mais je remarque qu'aucune mention n'a été faite des compañeros Miguel Ángel García, Víctor Hugo Martínez Toledo, Jaciel Cruz Cruz et Wilber Aquino Aragón dans les déclarations qui me sont parvenues.

Au demeurant, ces déclarations ne peuvent que surprendre car elles montrent clairement que, en dépit de la volonté exprimée par la majorité de ne pas négocier avec Ulises Ruiz, de telles négociations ont effectivement eu lieu et en outre en situation de faiblesse totale, alors que la réalité, dans la rue, au sein du mouvement des Oaxaquiens et des Oaxaquiennes, manifeste une accumulation toujours plus rapide de force et de maturité.

La surprise qu'entraînent ces déclarations, ressassées jusqu'à la nausée dans les médias, laisse place à une énorme indignation quand on sait que, le jour même où elles étaient prononcées, Ulises Ruiz, adoptant une attitude cynique et triomphante, affirmait que toutes les exigences de la Section 22 du syndicat enseignant étaient satisfaites et que le planton avait achevé de remplir sa fonction, qui était de servir aux négociations, affirmant aussi que la fête de la Guelaguetza des hôteliers et des restaurateurs aurait bel et bien lieu. On comprend mieux beaucoup de choses.

Ce qui n'était qu'un simple secret de Polichinelle est aujourd'hui évident. À savoir : que des fonctionnaires du gouvernement d'Ulises Ruiz ont participé au dialogue réalisé à Mexico les jours précédents et que l'on y a discuté de la libération des prisonniers politiques - ou de leur transfert, dans le cas de Flavio et d'Horacio Sosa -, en échange de quoi la Section 22 permettrait qu'ait lieu la Guelaguetza des commerçants et garantirait l'abandon du planton dans le centre historique d'Oaxaca.

Le cynisme que manifeste Ulises Ruiz dans l'emploi factieux de la loi et du système judiciaire est aussi évident inouï, sans parler du fait qu'il est on ne peut plus clair, une fois de plus, que rien n'est plus important aux yeux d'Ulises Ruiz, de toute la classe politique et du patronat que de protéger à tout prix les affaires et la fortune qu'ils ont accumulée aux dépens de la culture et de la richesse de nos peuples.

Bien que l'on ait pu croire que l'ensemble de nos exigences parfaitement concertées était en passe d'être satisfait, au point qu'une première partie de ce bloc de demandes, incarnée par la libération de notre compañero Cesar Mateos, avait déjà eu lieu, et tandis qu'Ulises Ruiz braille à tous vents que ce n'est plus qu'une question de jours pour que le planton du zócalo d'Oaxaca se retire, l'Assemblée de l'Oaxaca des enseignants du 2 juillet a gâché les réjouissances de ce gouvernement criminel et ruiné la tranquillité de ceux et de celles qui sont déjà fatigués de se battre. Aujourd'hui en effet, les bases des dignes enseignants démocratiques de la Section 22, nos chers instituteurs et nos chères institutrices décideront si la réponse donnée à toutes les exigences satisfait à la soif de justice et de liberté de cette population noble, courageuse et humble que constituent les peuples de l'Oaxaca.

C'est à vous, instituteurs et institutrices de l'Oaxaca, que je m'adresse respectueusement, de ma cellule de la prison de Santa Maria Ixcotel, afin de vous exprimer mon entière confiance dans la sagesse et dans le courage des décisions que vous prendrez. Quant à moi, ici, dedans, à chaque jour et à chaque heure qui passent, je cherche à correspondre à cet immense courage et à cette grande sagesse de notre peuple qui lutte et résiste, en supportant la prison avec dignité, en refusant de troquer ma liberté physique en échange de mon âme et de la dignité qui sont enfermées ici. Je sais que le chemin que nous avons commencé à emprunter, il y a plus d'un an est le bon, aussi n'ai-je pas peur de rester emprisonné entre ces murs si cela signifie que notre mouvement continue, avec vigueur et courage. Et si le gouvernement des puissants et des criminels veut nous présenter comme des obstacles à la lutte digne et valeureuse que les peuples de l'Oaxaca ont choisi de livrer, je désire à titre personnel que la lutte pour ma liberté, au lieu de constituer un obstacle, soit un motif supplémentaire parmi tant d'autres pour poursuivre la lutte et combattre ce système d'exploitation, de misère et de mort.

Le chemin de la violence n'est choisi que par qui ne peut choisir qu'entre la violence et le chemin de la couardise. Quant à nous, nous avons trouvé la voie de la dignité, le chemin de la lutte pacifique dans la rébellion et la dignité. Le gouvernement des puissants nous a meurtris, nous a assassinés, nous a violés et piétinés, mais il n'est pas parvenu à nous arracher la dignité ; celle-ci est bien protégée, au plus profond de nos coeurs. C'est la graine latente de la rébellion, qu'aujourd'hui le gouvernement des puissants voudrait aussi nous arracher, parce qu'il sait pertinemment qu'un peuple digne est un peuple invincible.

Avec mon respect le plus profond quant à l'autonomie de décision des enseignants démocratiques de la Section 22, je me permets pour finir de mentionner une simple phrase, qui plus qu'une phrase est un esprit : "EL MAGISTERIO Y PUEBLO UNIDO JAMÁS SERÁN VENCIDOS" ["Les enseignants et le peuple uni ne seront jamais vaincus"].

David Venegas Reyes "Alebrije"
Prison de Santa Maria Ixcotel, Oaxaca.