Partager l'article ! La barricade / Ricardo Flores Magón: La barricade Face à face se trouvent les deux défenses ennemies : la barricade du peuple e ...
Les barricades ont de l’amour-propre et la barricade dont on parle ne peut faire exception à la règle. Elle sent que ses entrailles de bois, de vêtements, de tessons, d’ustensiles divers, de carcasses, de pierres, tressaillent d’indignation et, dans le ton de sa voix, il y a la solennité des suprêmes résolutions et la sévérité des déterminations populaires.
─ N’en dis pas plus, refuge de l’oppression, réduit du crime, tu es en présence du bastion de la Liberté ! Moche et contrefaite comme je suis, je suis grande parce que je n’ai pas été fabriquée par des gens à gages, par des mercenaires au service de la tyrannie. Je suis fille de la désespérance populaire, je suis le produit de l’âme tourmentée des humbles et de mes entrailles naissent la Liberté et la Justice.
Il y a un moment de silence, la barricade paraît méditer. Elle est difforme et belle tout à la fois. Difforme par sa constitution, belle par sa signification. Elle est un hymne fort et robuste à la liberté, elle est la protestation formidable de l’opprimé.
─ Une barricade dans chaque ville au même moment, et la liberté jaillira de mes entrailles, lumineuse, rayonnante comme la respiration d’un volcan ! Obscure comme je suis, j’illumine. Quand le pauvre m’aperçoit, il soupire et dit : « Enfin ! »