LA BARRIKADA

LA BARRIKADA

Éditorial de présentation du premier numéro de Barrikada

Que signifie la barrikada dans le mouvement social d’Oaxaca ? Tout à coup, elles ont surgi comme des fleurs sur l’asphalte. La rébellion nous a inondés, l’espoir de faire un Autre Oaxaca sans dictateurs, sans tyrans, sans maîtres, un Autre Oaxaca digne, rebelle, en harmonie, d’appui mutuel, de camaraderie.

Il y avait un arc-en-ciel de barrikadas, les petites, les grandes, les monumentales. Les petites, disposées de manière stratégique dans une rue, avec des pierres, des bâtons, des boîtes, de vieilles garde-robes, des matelas… et où deux, trois ou cinq personnes, en risquant leur vie, protégeaient un coin de ciel.

Les grandes, comme à Santa Lucía del Camino ou à Brenamiel, par exemple, pleines d’imagination ; là où 50, 100, 200 personnes étaient là pour protéger leur barricade. Santa Lucía, sur toute l’avenue Ferrocarril, avait un nombre considérable de barricades : ce fut ici que la police de la municipalité et les paramilitaires ont persécuté sans cesse les compas.

Les barrikadas étaient tour à tour lieux de rencontre ou de séparation, de pleurs et de rires, dans une cohabitation permanente. La grand-mère apportait le café et le pain, les jeunes étaient là avec la guitare. Les barrikadas furent un moyen d’autodéfense contre les convois de la mort que contrôlait le tyran.

Il y a eu barrikadas et barrikadas. Il n’y a pas eu de repos, la rébellion ne dormait pas. Le lendemain, l’ouvrier, le maître d’école, la maîtresse de maison, la prostituée, l’homosexuel, l’enfant retournaient à leur vie de tous les jours malgré la fatigue.

Sœurs, nous sommes en train de construire une autre barricade, otra barrikada, celle-ci est de papier et voudrait être la voix des sans-voix, un support pour l’espérance. Une publication qui soit celle des gens qui la lisent, qui la critiquent, qui collaborent, qui la fassent leur… parce que personne n’arrêtera la révolution culturelle que nous portons en nous.

Cet effort de communication est le fait de deux organismes, le Centre d’accompagnement communautaire (A.C.) et l’agence de contre-information Perro de pueblo (« Chien de village »), ce sont de jeunes libertaires, des créateurs artistiques engagés. Nous déclarons cet espace territoire libéré en espérant rencontrer un écho dans le cœur de toutes et de tous.

Fraternalmente,

Los 2 perros del pueblo,

Gonzalo Santiago García,

Enrique M. Marquez.