Du 30 septembre au 29 octobre 2006 / La réaction du gouvernement et la mise en place d’une stratégie contre-insurrectionnelle

Du 30 septembre au 29 octobre 2006

Troisième phase

La réaction du gouvernement
et la mise en place d’une stratégie
contre-insurrectionnelle

Face à cette montée en puissance du mouvement, le gouvernement fédéral réagit et met en place une stratégie contre-insurrectionnelle : Le 30 septembre, la marine débarque à Huatulco et à Salina Cruz, l’armée menace d’envahir l’État d’Oaxaca, des hélicoptères et des avions de reconnaissance survolent la ville.

Pendant tout le mois d’octobre, le gouvernement souffle le chaud et le froid : d’un côté, il menace ; de l’autre, il négocie. Les troupes aéroportées de la police fédérale préventive (PFP) débarquent à l’aéroport, d’autres troupes, avec tout leur matériel, prennent leurs quartiers à quelques kilomètres de la ville. Au cours de négociations marathons avec les dirigeants syndicaux, le gouvernement fédéral donne satisfaction à toutes leurs revendications (et même au-delà) ; par contre, les délégués de l’APPO, eux, sont peu à peu écartés des négociations réelles.

Pendant ce temps, la population d’Oaxaca ne reste pas inactive : le 9 octobre, la marche arrive à Mexico où elle est accueillie avec enthousiasme. Elle occupe la rue face au Sénat afin de le pousser à reconnaître la disparition des pouvoirs – en vain. Le 12 octobre, s’ouvrent les débats de « l’initiative citoyenne de dialogue pour la paix, la démocratie et la justice à Oaxaca ». Ces débats « citoyens » vont s’étendre jusqu’au congrès du 10 novembre.

À la fin du mois d’octobre, l’offensive de l’État va se faire plus pressante ; Ulises Ruiz, le gouverneur, déclare, chaque fin de semaine,  la guerre à l’APPO et promet l’intervention de ses partisans, armés de machettes – entendez des paramilitaires, entendez les policiers ministériels en civil.

Les avertissements de l’État fédéral sont encore plus sérieux et la menace d’une intervention militaire se précise de plus en plus ; l’ultimatum est le suivant : ou les instituteurs acceptent les propositions du gouvernement, ou ils perdent tout et la police fédérale entre dans la ville pour rétablir l’ordre par la force.

Le 25 octobre, Radio Mapache, radio pirate au service du gouverneur, commence à fonctionner et à déverser son venin. C’est dans ce climat délétère que les maîtres d’école, sous la pression des dirigeants syndicaux, et dans des conditions suspectes, votent la reprise des classes. Les chiffres officiels sont les suivants : 30 000 votent pour la reprise, 20 000 contre et 17 000 pour la reprise des classes cinq jours après la destitution d’Ulises Ruiz ; les conclusions que le syndicat tirent de ce vote (la reprise, donc) seront remises en cause par de nombreuses délégations.

La section 22 du syndicat des enseignants et l’APPO se trouve divisée et fortement ébranlée. L’APPO ferme toute la ville et, du 27 au 28 octobre, les combats font rage, des groupes de civils armés à la solde du pouvoir font feu en différents points de la ville et principalement dans les communes voisines qui sont restées sous le contrôle du parti du gouverneur, à Santa Lucía del Camino et à Santa María Coyotepec.

Emilio Alonso Fabián,
Bradley Roland Will,
David Cruz
et Eudacia Olivera Diaz

tombent sous les balles des sicaires.

Le 29 octobre, la police fédérale préventive marche sur le zócalo, Ulises Ruiz récupère ses bureaux.

Au cours de ces affrontements meurent

 Jorge Alberto López Bernal,
Jorge Arturo Beltrán,
Esteban Zurita López,
Fidel Sánchez García,
Serafín García Contreras,
et Jacobo Sánchez.