Bulletin spécial SIPAZ

Publié le par patxi

Bulletin spécial :

Attaque d’une caravane d’observation dans l’état de Oaxaca, Mexique ; deux morts et 4 blessés.

En tant qu’organisation internationale accompagnant des processus de construction de la paix et à faveur d’une société qui permette à chacun de jouir pleinement de ses droits humains, le Service International pour la Paix (SIPAZ) souhaite manifester publiquement sa préoccupation suite à l’agression subie par une mission en faveur de ces derniers, causant la mort de deux personnes et en laissant quatre autres blessées.

Les faits

Le 27 avril, alors qu’elle se dirigeait vers la municipalité autonome de San Juan Cópala, une caravane d’observation des Droits Humains fut attaquée par des membres présumés de l’organisation Ubisort (« Unión de Bienestar Social en la Región Triqui », Union de Bien-être Social dans la Région Triqui). Les habitants de San Juan Cópala se trouvant encerclés depuis plusieurs mois par l’organisation Ubisort, cette mission avait pour objectif de leur apporter une aide humanitaire et de renseigner leur situation sur place. La caravane était composée de membres des organisations non-gouvernementales CACTUS (Centre de Soutien Communautaire Travaillant Ensemble), VOCAL (Voix de Oaxaca Construisant l’Autonomie et la Liberté), du conseil de la APPO (Assemblée Populaire des Peuples de Oaxaca), de la Section 22 du Syndicat National des Travailleurs de l’Education (SNTE) et d’observateurs internationaux originaires d’Allemagne, Belgique, Finlande et Italie.

La caravane et ses 22 participants partit le 27 même de Huajuapan de León en direction de San Juan Cópala quand, aux environs de 14h30 et à hauteur du village de La Sabana, elle fut victime d’une embuscade par des hommes munis d’armes à feu et membres présumés de la Ubisort, une organisation proche du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) et signalée comme groupe de type paramilitaire. Deux personnes de la caravane perdirent la vie lors de l’agression : Beatriz Alberta Cariño Trujillo, directrice de CACTUS, et l’observateur finlandais Jyri Jaakkola. Par ailleurs Mónica Santiago Ortiz fut blessée par balle ; elle fut prise en charge le jour même dans un hôpital de Juxtlahuaca. David Venegas et Noé Bautista, membres de VOCAL, ainsi qu’Érika Ramírez et David Cilia, journalistes de la revue Contralinea, furent portés disparus jusqu’au jeudi 29. Après deux jours cachés dans les montagnes, les deux militants de VOCAL parvinrent à rejoindre Juxtlahuaca et les deux journalistes furent secourus. David Cilia et Noé Bautista souffraient aussi de blessures par balle. Étant donné l’impact public de cette agression, le Bureau du Procureur Général de la République (PGR) a pris en charge l’enquête des faits au niveau fédéral.

Antécédents

Il nous semble important de rappeler que cela fait plusieurs années que la région indigène triqui, située au nord-ouest de l’état de Oaxaca, souffre d’un climat de violence élevée dans le cadre de la dispute pour le contrôle politique, social et économique de la région. Depuis lors, selon les organisations de Oaxaca, cette situation n’a reçu des autorités de l’état qu’une réponse trop faible ou peu appropriée. Ces dernières années ont été le théâtre d’accusations réciproques et répétées entre les organisations MULT (Mouvement d’Unification et de Lutte Triqui), MULTI (Mouvement d’Unification et de Lutte Triqui – Indépendant) et Ubisort qui se sont tour à tour imputé la responsabilité de divers morts ou blessés dans la région du conflit. Par ailleurs, cette attaque s’inscrit dans un contexte politique marqué par le lancement proche de la campagne électorale au niveau de l’état, contexte électoral qui, par le passé, a participé à l’escalade des tensions sociales et politiques dans cet état.

Désaveu national et international

L’agression de cette caravane d’observation a aussitôt suscité un rejet énergique aux nivaux national et international, tant de la part d’organisations non-gouvernementales que de la part d’organismes supranationaux. Ainsi, le Réseau National Tous les Droits pour Toutes et Tous (Red Nacional Todos los Derechos para Todas y Todos), conformé par plus de 60 organisations civiles de Droits Humains au Mexique a émis un Appel Urgent exigeant des gouvernements d’état et fédéral que soit menée une enquête exhaustive et impartiale et que les responsables soient remis à la justice. Par ailleurs, Amnesty International, la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH) et le Bureau du Haut Commissaire des Nations Unies aux Droits de l’Homme au Mexique (OACNUDH) se sont prononcé en condamnant l’agression de la mission. Enfin, le Réseau pour la Paix, qui rassemble différentes organisations de Droits Humains et de construction de la Paix au Chiapas, dont le SIPAZ, a affirmé : “C’est avec une grande inquiétude que nous observons la situation de vulnérabilité de celles et ceux qui travaillent en faveur de la défense et la promotion des droits humains face à la violence politique croissante, à la criminalisation de leur travail et à l’indifférence des autorités en ce qui concerne la protection de leur vie et leur intégrité physique.”

Le gouverneur de l’état de Oaxaca, Ulises Ruiz Ortiz (PRI), a affranchi son gouvernement de toute responsabilité lors de l’attaque du 27 avril dernier. Il est même allé jusqu’à remettre en cause la participation d’étrangers dans cette caravane, en réclamant la vérification de leur qualité migratoire. A ce sujet, le communiqué du Réseau pour la Paix reproche au gouvernement de Oaxaca qu’il “remette en cause l’observation internationale, mécanisme clé d’intervention civile de paix qui a permis de faire obstacle à la violence en différents lieux et situations.” De plus, il est bien déplorable de constater que, dans ses déclarations, le gouvernement de Oaxaca ne prend pas en compte le droit de toute personne à s’informer de la situation des droits humains en tout lieu, comme le stipule la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Défenseurs des Droits de l’Homme, signée et ratifiée par le Mexique.

- - -

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article